Quelles sont les causes de la dysorthographie ?

Lorsqu’un enfant présente des difficultés importantes et durables en orthographe, une question revient presque toujours chez les parents : « Pourquoi ? »

Pourquoi, malgré les efforts, les explications, les entraînements, l’orthographe reste-t-elle si difficile ?
Pourquoi certaines erreurs persistent, réapparaissent, semblent résister au temps ?

La réponse est rarement simple, mais elle mérite d’être posée clairement.

1- Il n’existe presque jamais une cause unique

La dysorthographie n’est généralement pas liée à un seul facteur isolé.
Les données scientifiques montrent qu’il s’agit le plus souvent d’un trouble neurodéveloppemental, c’est-à-dire d’un mode particulier d’apprentissage de l’écrit, présent dès le développement de l’enfant.

Autrement dit, le cerveau n’aborde pas l’orthographe de la même manière que chez d’autres enfants. Certaines étapes, pourtant bien enseignées et travaillées, restent coûteuses, instables ou peu automatisées, malgré les répétitions.

2- Une base neurodéveloppementale, souvent avec une part génétique

Les troubles durables du langage écrit (lecture, orthographe, expression écrite) reposent fréquemment sur des facteurs biologiques et développementaux.
On retrouve parfois une histoire familiale de difficultés similaires, sans que cela soit systématique ni déterminant à lui seul.

Les recherches en neurosciences du langage montrent également des différences de fonctionnement dans certains réseaux cérébraux impliqués dans le traitement du langage et de l’écrit.
Il est important de préciser que ces données décrivent des tendances générales observées chez des groupes d’enfants, et non des marqueurs individuels visibles ou mesurables chez chaque enfant.

3- Les mécanismes cognitifs le plus souvent impliqués

Chez un enfant dysorthographique, on retrouve généralement un ou plusieurs mécanismes fragilisés, à des degrés très variables d’un enfant à l’autre.

  • Une fragilité du traitement des sons du langage

L’orthographe repose en grande partie sur la capacité à percevoir, analyser et manipuler les sons, puis à les relier aux lettres et aux groupes de lettres.

Lorsque ce traitement est fragile, l’enfant peut confondre des sons proches, omettre ou transformer certains sons ou écrire “à l’oreille” de façon instable.

Ce facteur est l’un des plus solidement établis dans la recherche sur les troubles de l’écrit.

  • Une difficulté à mémoriser durablement l’orthographe des mots

Même lorsque l’enfant comprend une règle, il peut avoir du mal à stabiliser la forme écrite correcte des mots, en particulier des mots fréquents ou irréguliers.

Cela explique pourquoi une erreur peut disparaître puis revenir, ou pourquoi un mot correctement écrit un jour peut être faux le lendemain ; les corrections semblent peu “tenir dans le temps”.

  • Une surcharge de la mémoire de travail et de l’attention

Écrire mobilise de nombreuses ressources en même temps :
penser au contenu, structurer la phrase, maintenir l’attention, gérer l’orthographe, les accords, la segmentation…

Lorsque la mémoire de travail ou l’attention sont fragiles, l’orthographe est souvent la première compétence à se dégrader. On observe alors des oublis, des accords non marqués ainsi que des erreurs fluctuantes selon la fatigue ou le contexte.

  • Des fragilités langagières plus larges

Chez certains enfants, la dysorthographie s’inscrit dans un profil où le langage oral lui-même peut être moins précis : vocabulaire, structure des phrases, conscience des “morceaux” de mots.

Ces fragilités peuvent rendre particulièrement difficiles les marques grammaticales ou les formes morphologiques complexes.

4- Le rôle de l’école et de l’entraînement : remettre les choses à leur place

Un point essentiel mérite d’être clarifié.

Un enseignement inadapté ou des entraînements trop exigeants peuvent aggraver la fatigue, la démotivation ou l’évitement, mais ils ne créent pas à eux seuls une dysorthographie.

Inversement, un enseignement de qualité ne suffit pas toujours à compenser des fragilités neurocognitives de base.
L’enfant peut travailler, progresser, comprendre… tout en restant en grande difficulté et en fournissant un effort disproportionné.

C’est précisément pour cette raison que l’évaluation cherche à identifier quels mécanismes sont fragiles, afin d’adapter les outils et les approches.

En résumé

La dysorthographie est le plus souvent liée à un fonctionnement neurodéveloppemental particulier de l’apprentissage de l’écrit.
Elle peut impliquer plusieurs mécanismes : traitement des sons, mémorisation orthographique, mémoire de travail, attention ou compétences langagières.

Ce n’est ni un manque de volonté, ni un manque de travail.
C’est une difficulté durable qui nécessite des stratégies adaptées, progressives et ciblées, et parfois un accompagnement spécialisé.

Références scientifiques (pour aller plus loin)

  • INSERM (2007). Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie : bilan des données scientifiques.
  • Peterson & Pennington (2012). Developmental dyslexia.
  • Rapcsak (2008). Phonological Dyslexia and Dysgraphia.

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