Dyslexie et dysorthographie : comprendre leurs liens pour mieux accompagner

En consultation, une question revient très souvent de la part des parents :
« Mon enfant est dyslexique… est-ce pour cela qu’il fait autant de fautes d’orthographe ? »

Cette interrogation est légitime. Dyslexie et dysorthographie sont en effet fréquemment associées, mais le lien entre les deux mérite d’être explicité.

Aujourd’hui, dans le langage médical, on parle plutôt de troubles spécifiques des apprentissages avec déficit de l’expression écrite ou de la lecture. Les termes dysorthographie et dyslexie restent toutefois très utilisés, car ils permettent de désigner plus simplement des difficultés durables en orthographe et en lecture.

Un socle commun : le traitement des sons du langage

Les études montrent que la dyslexie est le plus souvent liée à une difficulté à traiter les sons du langage (phonologie) : reconnaître les sons, les distinguer, les manipuler et les mémoriser.

Or, l’orthographe repose également pour beaucoup sur ces compétences. Pour écrire un mot correctement, l’enfant doit être capable de faire le lien entre les sons qu’il entend et les lettres ou groupes de lettres qui les représentent.

Lorsque ce traitement phonologique est fragile, cela risque d’entacher à la fois la lecture et l’orthographe.

Pourquoi l’orthographe résiste souvent plus que la lecture

C’est un point qui surprend beaucoup les parents : un enfant peut progresser en lecture, parfois même présenter une lecture dans la norme, tout en continuant à faire une quantité significative de fautes à l’écrit.

Cela s’explique par une différence fondamentale entre la lecture et l’écriture. La lecture permet certaines compensations : s’aider du contexte, reconnaître un mot dans sa globalité, deviner une partie du sens.
L’orthographe, elle, ne laisse aucune place à l’approximation. Il faut produire une forme précise, sans indice extérieur.

C’est pourquoi l’orthographe reste souvent plus difficile, plus coûteuse et plus lente à automatiser chez les enfants dyslexiques.

La mémoire des mots écrits : un point clé entre dyslexie et dysorthographie

Pour lire et écrire sans erreur, l’enfant doit construire une mémoire stable des mots écrits, que l’on appelle le stock lexical orthographique.

Cette mémoire permet de reconnaître rapidement un mot, de le lire sans hésitation et de l’écrire correctement, sans devoir tout transcoder lettre par lettre.

Chez les enfants dyslexiques et dysorthographiques, cette mémoire se met en place plus lentement.

Les mots sont moins bien stockés et moins facilement récupérés. Cela a des conséquences directes à la fois sur la lecture et sur l’orthographe, ce qui explique le lien fréquent entre dyslexie et dysorthographie.

Concrètement, cela peut se traduire par une lecture hésitante de mots pourtant déjà rencontrés et des difficultés à reconnaître visuellement les mots irréguliers, pour la lecture. Et par la réapparition d’erreurs d’orthographe lexicale persistantes, malgré les efforts, le travail et les répétitions.

Cela ne traduit ni un manque de travail ou de motivation, ni un manque d’intelligence, mais un fonctionnement cognitif différent, bien décrit et documenté dans la littérature scientifique.

Un lien fréquent, mais pas automatique

Il est important de le préciser tous les enfants dyslexiques ne sont pas dysorthographiques, et inversement.

Certains enfants développent des stratégies de compensation efficaces.
D’autres présentent une dysorthographie marquée, parfois plus sévère que leurs difficultés en lecture.

Chaque enfant a donc un profil unique, qui nécessite une évaluation et un accompagnement individualisés, auprès d’une orthophoniste.

Ce qu’il est important de retenir en tant que parent

  • Dyslexie et dysorthographie sont souvent liées, mais il ne s’agit pas du même trouble
  • L’orthographe mobilise des mécanismes plus complexes et plus exigeants que la lecture
  • La persistance des fautes ne reflète ni un manque d’efforts, ni un manque d’attention
  • Un accompagnement adapté permet des progrès, même si le chemin est souvent à envisager sur le long terme.

Comprendre ces mécanismes permet souvent de poser un regard différent sur les difficultés de son enfant : plus adapté et plus apaisé.

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